AYITI

BNJ Portfolio – Haïti

Haïti. Ce mot résonne. Il s’accompagne d’un imaginaire et entraîne avec lui une série de représentations. Les légendes sur les pirates des Caraïbes se sont bien incrustées dans nos cerveaux. Les média et leurs images de tremblements de terre et de misère aussi malheureusement…

Nier la situation parfois catastrophique du pays ne serait pas honnête, mais la décrire continuellement et passer à côté de l’intensité de la vie sur place non plus.

Cette série de photos vise à montrer le quotidien, en toute simplicité.

 

 

 

 

BNJ Photo - Haiti 1

BNJ Photo - Haiti 2

Intense. Haïti est intense.

La beauté du lieu, la chaleur, les déplacements difficiles parce qu’aléatoires, la vie locale qui s’organise dans un chaos de persévérance, l’orage aussi bref que puissant, l’ennui… Tout ici est question d’intensité.


BNJ Photo - Haiti 2.1

BNJ Photo - Haiti 3

BNJ Photo - Haiti 4

BNJ Photo - Haiti 5

La vie s’écoule, au gré des besoins à court terme. On cuisine, on coiffe, on joue et on discute, on se débrouille, on va au travail quand il y en a. Et on crée. On crée pour survivre, pour s’occuper, on crée pour se purger.


BNJ Photo - Haiti 6

BNJ Photo - Haiti 7

Cuisiner, c’est d’abord se frayer un chemin à travers les passages étroits et étouffants du marché grouillant de monde.

C'est faire attention où on met les pieds pour ne pas se faire écraser par un taxi-moto. C'est slalomer entre les gens et les animaux, vaches poulets ou cochons. C’est négocier durement quelques Gourdes (monnaie locale) mais toujours avec une pointe d’humour.


BNJ Photo - Haiti 8

Toute cette effervescence s'étale sans contrainte jusqu'à la rivière, passage naturel qu'on franchit, motorisé ou non.


BNJ Photo - Haiti 9

BNJ Photo - Haiti 10

BNJ Photo - Haiti 11

Cuisiner est une affaire de créativité et de patience. Ici la cuisine équipée se résume à une table et du charbon. Mais on y met l’énergie, beaucoup de temps, et on y fait des miracles. Cuisiner, c'est surtout une affaire de famille.


BNJ Photo - Haiti 11.1

BNJ Photo - Haiti 12

BNJ Photo - Haiti 13

BNJ Photo - Haiti 14

BNJ Photo - Haiti 15

BNJ Photo - Haiti 16

BNJ Photo - Haiti 17

BNJ Photo - Haiti 18

BNJ Photo - Haiti 19

Acte de soin et d’échange social, coiffer rythme le quotidien. Pas un jour ne passe sans que les femmes et les petites filles ne s'occupent des cheveux l'unes de l'autre.


BNJ Photo - Haiti 20

La lessive, dès leur plus jeune âge les petites filles apprennent à la faire. On la fait à la rivière quand il y en a une à proximité, avec du savon pas cher qui s'écoule avec le courant...


BNJ Photo - Haiti 21

Colibri est le nom que les Caraïbes ont donné à cet oiseau, le plus petit qui existe au monde, et le seul à savoir voler en marche arrière.

Un peu de poésie dans l'agitation de l'île.


BNJ Photo - Haiti 22

Pour tuer le temps, on joue, inlassablement. Les règles s’apparentent aux "Petits chevaux". Le premier à avoir rapatrié tous ses pions gagne. Chacun son jet de dé stylé et personnel. On s’emballe, on s’accuse de tricherie, on hausse le ton, on rigole et tout se mélange.


BNJ Photo - Haiti 23

BNJ Photo - Haiti 24

En Haïti, île entourée d'eau, on est paradoxalement pas à l'aise au contact de l'eau. Le Vaudou y voit la présence des Lwa, esprits pas toujours bienveillants.


BNJ Photo - Haiti 25

Un mélange de curiosité et d'énergie : ici comme ailleurs, un enfant reste le même.


BNJ Photo - Haiti 26

Mais ici, les enfants grandissent (trop) rapidement. Le système d'obéissance pyramidal (on ne remet jamais en question ses aînés) pousse à se forger vite.

Derrière une apparente confiance en soi, la fragilité de l'enfant persiste pourtant toujours.


BNJ Photo - Haiti 27

Remède contre la rage de dents : des poils de mouton emballés dans un tissu noué autour de la mâchoire, et une sucette pour soigner le mal par le mal.


BNJ Photo - Haiti 28

Le terrain de foot concentre l'activité du quartier le soir, autour des matchs quotidiens. La journée, il sert de terrain de jeu aux gosses qui tuent l'ennui en bricolant des cerfs volant avec 3 fois rien, créativité oblige.


BNJ Photo - Haiti 29

BNJ Photo - Haiti 30

On crée. On crée pour résister, pour s’occuper. On crée pour se purger.

Les textes au brouillon jonchent le sol de la chambre d'un jeune slameur de la famille. Le soir avec son collectif ils déclament leurs textes tranchants dans un bar au bord de la plage.

"En moi je sens une douleur, Une douleur causée par l’homme d’aujourd’hui qui affaiblit mon cœur. Ils s’entretuent. C’est l’homme contre l’homme [...] Comment serait l’homme de demain ? Serons-nous une génération de latrine ? Serons-nous une génération de conards ? Serons-nous une génération de charognards ? Ou pire que ça, bordel de merde. Dis moi comment serait l’homme de demain? [...]"

Extrait de "L'homme de demain" - Rood El Sleek


BNJ Photo - Haiti 31

Si on n'écrit pas, on se déguise et on joue un rôle.


BNJ Photo - Haiti 32

"Tout le monde en Haïti est vaudouisant". Peu visible de l'extérieur, le Vaudou fait pourtant partie intégrante des croyances, il conditionne les actes de l'existence de chacun et détient le pouvoir de vie et de mort.


BNJ Photo - Haiti 33

BNJ Photo - Haiti 34

BNJ Photo - Haiti 35

Kiosque à l'haïtienne.


BNJ Photo - Haiti 36

La beauté naturelle n'est malheureusement pas un bouclier contre la pollution... En Haïti, les priorités sont évidemment ailleurs que dans l'écologie.

Faut-il résoudre tous les autres problèmes économiques (et ceux qui en découlent) avant de s'attaquer au problème ? Ou ce combat doit-il être mené en parallèle car considéré comme interdépendant ?


BNJ Photo - Haiti 37

BNJ Photo - Haiti 38

BNJ Photo - Haiti 39

Dans la montagne, sur les Hauteurs de la Fondation Seguin, il fait plus frais et ça fait du bien.

Ici, les enfants qui aident leurs proches à travailler la terre portent déjà sur leurs corps les traces du dur labeur. Mais ils gardent le regard droit.


BNJ Photo - Haiti 40

BNJ Photo - Haiti 41

La route qui longe la côte : à la fois sublime et dangereuse car empruntée par tous, à toute vitesse, à toute heure, avec ou sans lumières, sans casque et sans voir ce qui vient en face.

C'est le prix de l'intensité du "frisson haïtien", cette sensation de devoir vivre le moment entièrement, tout le temps.